Les Bancs Publics

Soutien aux personnes sans domicile fixe (SDF)

Témoignages

Voici quelques textes écrits par des gens de la rue ou à leur propos.

» Gustave - Valéry Montourcy
» La charte des droits de l'autre - Michel
» Les 33 choses essentielles dans ma vie.. - Renaï
» Le Banc... - Robert Hanna
» Intolérance - Lionel Lefèbvre
» Acrostiche de Mamadou - Mamadou
» Parfois il parlait avec Dieu (extraits) - Pia Petersen
» Un geste de fraternité au-delà des frontières - Viviane Tourtet
» Marine, je t'aime - Denis Lamouret
» L'indifférence - Robert Hanna
» Portrait chinois de Lionel - Lionel Lefèbvre et Viviane Tourtet
» La liberté, la vie, le regard - Bruno C.
» Travail théâtral avec des sans-abri - Muriel Gaudin

Le Banc...

Là où les uns s’assoient,
parlant de ce qu’ils jugent,
d’autres s’allongent là,
y trouvant un refuge.

S’il est bien naturel
de s’y asseoir le jour,
il n’est pas très normal
d’y faire son lit la nuit.

Endormi à même la planche
d’une prison à ciel ouvert,
il souffrait en silence
les bras dénudés, repliés,
drapés de souffrance
sous un sac délavé
qui lui servait d’oreiller.

Si la pluie tombe longtemps
il se loge sous le banc.
Que les larmes du ciel
caressent ses cheveux,
et la misère ruisselle
de son monde malheureux.

Que demande t-il en somme ?
A défaut de reconnaissance,
ils veut rester un homme
avec une once de respect
nappée de dignité.

Et touchant mon cœur,
à l’aune de sa vie déchiré,
d’un geste vers mon chien
il cherche un peu d’amour.

A moi, il ne dit rien,
me croit inaccessible.
Serais-je devenu sourd,
égoïste à ce point ?

Il m’est bien arrivé,
comme à tout un chacun,
de lui parler, de donner
quelques louis ou du pain.

Mais autant le dire,
sans détour et sans honte,
je me faisais plaisir
il s’en rendait bien compte.

Rien n’est jamais gratuit :
donner c’est s’enrichir.
Je regardais mon bâtard,
Nanterre ne lui disait rien.
Doit-on croire au hasard ?
Il avait une vie d’homme
et l’homme une vie de chien.

Ce soir je m’endormirai,
avec l’image, au goût amer,
d’un vieil homme en guenilles
allongé sous un banc,
pas très loin de la grille
on dit qu’il y fait plus chaud.

Il me verra passer,
il guettera mon pas.
Il essaiera encore
de parler à mon chien
pour réveiller mon cœur.

Et comme à chaque fois
   il y réussira.
      Il connaît le chemin,
         je n’ai que celui-là.

Robert Hanna

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